Des nouvelles  (plus ou moins récentes, à vous de choisir)

 

 

Le 4 février 2014,

 

Je vous écris parce qu'il y a vingt-neuf jours, j'ai vécu la plus douloureuse des épreuves, celle de mettre au monde mon enfant sans vie.

 

Cette nuit-là aux urgences d'une clinique de Toulouse, en quelques secondes, tout s'est effondré autour de moi. La sage femme qui vient de me dire, quelques minutes plus tôt, “faut pas s'inquiéter comme ça madame, il est là votre bébé” tout en me faisant écouter le rythme cardiaque avec son capteur, reste à présent figée et ne me regarde plus. Elle a appelé le médecin “pour comprendre” pourquoi je ne le sentais plus bouger comme avant et m'a fait changer de salle parce que l'appareil pour les échographies n'était pas allumé dans ce compartiment-là.

Le médecin de garde me salue, se bat avec son tube de gel pour en extraire une bonne dose et allume l'écran. Des points gris et blancs apparaissent. Il me regarde et me dit :

“Vous êtes toute seule?”

Détendue depuis l'annonce de la sage femme, je réponds :

“Oui, mon conjoint s'occupe de l'aînée”

“Parce que là, le cœur de votre bébé s'est arrêté”.

J'étais au huitième mois de ma deuxième grossesse. La chambre était enfin terminée. Notre petite fille attendait son petit frère avec tant d'impatience qu'elle avait commencé à déposer des jouets pour lui dans le petit lit. Elle avait demandé au père Noël un grand lit pour donner le sien à son petit frère. J'avais dû arrêter de travailler depuis le mois de septembre pour des vertiges courants en début de grossesse mais rien non rien ne nous avait préparés à cette annonce.

J'avais assisté le matin même à un cours de préparation à l'accouchement intitulé “départ à la maternité”, j'avais eu rendez-vous sur un parking pour acheter le porte-bébé de compétition dont on rêvait et l'ostéopathe avait manipulé mon corps pendant une heure pour donner de la place à mon petit bébé pour qu'il se retourne en vue de l'accouchement.

Je hurle.

Des coups de fils à mon conjoint et mes parents que le médecin prend en charge avec cette même froideur.

Je hurle.

Un cachet, une chambre à l'écart.

Le médecin qui m'a suivie pendant la grossesse va arriver.

La sage femme me présente ses excuses. Elle me dit s'être trompée “un quart de seconde”. Elle avait, en fait, capté mon propre rythme cardiaque dans le bas de mon ventre. Elle a fini sa garde. Elle s'en va.

Ma mère, mon frère. Je demande au médecin de revenir et de répéter. C'est irréel. Il n'a pas ouvert mon ventre pour sauver le bébé, il a allumé puis éteint sa machine. Il avoue n'avoir pas fait attention à la position du bébé et du cordon. Il a fini sa garde, il s'en va.

La relève arrive. Une sage femme toute jeune. Elle ne sait plus comment m'aider mais elle est douce et semble sincèrement touchée.

Mon médecin entre dans la chambre. Elle me dit que ça arrive mais ne comprend pas comment. Tout allait bien pour mon bébé. Je réponds à ses questions. Elle me demande pourquoi je suis venue aux urgences. Je raconte ma journée. Tout le monde m'a rassurée en me disant qu'un bébé en siège ne peut plus trop bouger, qu'il fallait oublier le bon temps où il faisait des galipettes quand il avait encore l'espace pour le faire. J'exige en pleurs une césarienne. Je supplie le médecin. Je supplie ma mère de répéter mon souhait de peur de pas être en capacité de le faire si le cachet venait à faire effet.

Elle m'annoncera quelques minutes plus tard à l'arrivée de mon conjoint que je vais prendre un médicament tout de suite, un deuxième le lendemain pour faire maturer le col et que l'on provoquera des contractions en vue d'un accouchement par voie basse le troisième ou quatrième jour. Bien sûr, il se peut que cela prenne beaucoup moins de temps vu les circonstances, me dit-elle. Mon corps peut donc comprendre que c'est fini et accélérer le processus et déclencher de lui-même le mécanisme pour libérer le bébé.

Ce ne sera pas le cas.

Nous pouvions décider de rentrer chez nous en attendant les contractions. C'était le protocole. La terre s'arrête de tourner. Ma fille est à la crèche. Ce soir je ne la verrai pas et elle ne verra jamais son petit frère.

 

Un film à ce sujet (“Return to zero”) essaye tant bien que mal de sortir sur les écrans.

Le protocole de l'accouchement par voie basse dans ce cas là, tout à fait fondé d'un point de vue médical, reste trop méconnu à ce jour. Une telle épreuve sans un accompagnement psychologique adapté est vécu comme une torture sans fin, d'un sadisme atroce.

Depuis 2008, les congés de paternité et maternité sont maintenus dans ces circonstances mais n'ont pas changé de noms pour autant.

Après ce fameux délais de trois ou quatre jours, c'est une attente de deux mois que l'on vous annonce pour connaître les résultats de l'autopsie. Ma clinique ayant eu l'intelligence de répondre à mon médecin traitant que les premiers résultats arriveraient au bout d'un mois mais que pour simplifier les choses, il suffisait de maintenir les rendez-vous fixés précédemment. Celui qui tombait la semaine de l'accouchement était parfait. Comme si de rien était. Au moins, l'agenda de la gynécologue n'était pas perturbé.

L'aide mise en place par la clinique, fièrement affichée dans la lettre à mon médecin traitant, s'est résumée en deux séances, les deux premiers jours, de cinq minutes du psychologue de l'établissement qui finissait son intervention muette par un “je vais devoir vous laisser, je repasserai demain”.

Le médecin qui s'est occupé de ma sortie a oublié de marquer dans l'ordonnance le somnifère dont il nous avait parlé pour que je puisse dormir un peu.

Nous avons quitté l'établissement le samedi matin. L'état civil allait fermer. Nous devions assumer cette première tâche administrative avant de vider la chambre du bébé et de retrouver notre fille gardée chez mes parents.

 

Les jours passent et ma colère ne s'apaise pas. Je refuse que mon fils soit né sans vie pour rien. Il faut que l'on parle de ce tabou. Mon fils était un beau petit bébé. Rien n'explique la cause de son décès pour l'instant. Nous l'avons tenu dans les bras pour la première fois le jour même où nous avons dû lui dire au revoir. Un accouchement silencieux, ça existe. Malgré les médicaments, mon corps a produit pendant dix jours du lait à chaque fois que ma fille de deux ans et demi était triste. Personne ne l'avait préparée à une grossesse qui ne termine pas dans la joie. Surtout lorsqu'elle atteint le stade du huitième mois. Personne ne nous avait préparés à une sortie de clinique sans bébé. La psychiatre et les bénévoles de l'association vers lesquels nous nous sommes tournés, ne connaissaient pas le fameux protocole que nous avons dû, devant leur surprise, justifier en racontant notre histoire. Dans la clinique, l'équipe ne savait pas où nous placer. Nous avons changé trois fois de chambre. Entendre les félicitations et les cris des nourrissons dans cette épreuve était tout simplement atroce.

 

Aidez-moi à parler de mon histoire pour qu'elle ne soit pas synonyme de “retour à zéro”. Il faut qu'elle serve à quelque chose. A d'autres comme nous. A faire bouger les choses. A former les médecins. A informer les gens. Nous n'avons pas à avoir honte de ce qui nous est arrivé mais si l'image d'une grossesse qui tourne mal reste tabou et que l'on fait tout pour oublier ces bébés nés sans vie alors c'est ce que nous ressentons. Si vous pouvez m'aider à atteindre mon but, merci de me contacter.

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